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Du gaz russe au pétrole du Golfe : un même risque inflationniste ?
information fournie par Le Cercle des économistes 13/04/2026 à 08:46

inflation récession (Crédits: Adobe Stock)

inflation récession (Crédits: Adobe Stock)

L'échec des pourparlers, ce week-end-end, entre les Etats-Unis et l'Iran, sur la fin du blocus du détroit d'Ormuz, relance les spéculations sur l'issue de la guerre et ses conséquences sur l'économie mondiale. Indépendamment de ces derniers développements, la fermeture du détroit en question a ravivé la crainte d'une spirale inflationniste. Le parallèle avec la crise de 2022 s'impose spontanément : un choc d'offre énergétique brutal, une flambée des prix du pétrole et du gaz, une Europe importatrice sous pression. Ce parallèle est pourtant trompeur : si ces deux conflits partagent des similitudes, leurs dynamiques inflationnistes sont d'une autre nature.

À lire aussi | La BCE dispose d'un "éventail d'options" face au choc énergétique, dit Lagarde

L'amplitude du choc actuel est d'abord sans commune mesure avec celle de 2022. La Russie fournissait alors près de 45 % des importations européennes de gaz naturel ; le TTF, indice de référence du gaz naturel en Europe, a atteint 350 euros par mégawattheure à l'été 2022,  le Brent frôlant 130 dollars le baril et l'inflation en zone euro a culminé à 10,6 % en octobre.

La dépendance directe de l'Europe au Golfe est structurellement plus faible. Le TTF a doublé depuis le déclenchement du conflit, dépassant 60 euros par mégawattheure, et le Brent s'établit autour de 100 dollars — des niveaux élevés, mais d'une tout autre nature.

La différence de point de départ est tout aussi éclairante. En 2022, l'invasion de l'Ukraine avait amplifié une inflation déjà alimentée par la reprise post-pandémique, qui atteignait 5,9% en zone euro au moment du choc. En 2026, l'inflation est revenue à 1,7% en janvier avant de remonter à 2,5% en mars. Quant à la politique monétaire, en 2022 la BCE accusait un retard considérable, ses taux encore négatifs alors que l'inflation dépassait 8% ; aujourd'hui, elle aborde le choc depuis une position neutre, sans décalage à corriger.

Ces éléments favorables ne suffisent pas à écarter tout risque de spirale inflationniste. Les travaux de Blanchard et Galí (2007) ont identifié quatre facteurs qui déterminent l'ampleur de la transmission d'un choc énergétique à l'ensemble des prix : la «chance» (l'absence de chocs adverses concomitants), l'intensité énergétique de la production, la flexibilité des marchés du travail, et la crédibilité de la politique monétaire. Bernanke et Blanchard (2023) ont précisé comment ce dernier opère : une banque centrale crédible ancre les anticipations d'inflation à long terme, ce qui brise la chaîne de transmission avant qu'elle ne s'emballe.

À lire aussi | Blocage du détroit d’Ormuz : le risque d’un choc industriel pour l’Europe ?

Sur les quatre facteurs identifiés par Blanchard et Galí, deux sont restés globalement stables entre 2022 et 2026, l'intensité énergétique de la production et la flexibilité des marchés du travail, tandis que la «chance» est par définition imprévisible. Un cinquième élément vient renforcer ce diagnostic favorable : paradoxalement, les droits de douane américains exercent, en détournant les exportations chinoises vers l'Europe, une pression déflationniste sur les biens industriels qui modère la transmission du choc énergétique vers les prix, sans oublier que cet effet pèse aussi négativement sur la croissance industrielle européenne.

Le quatrième facteur échappe quant à lui à ce diagnostic rassurant. La mémoire inflationniste de 2022-2023 n'ayant pas eu le temps de s'estomper, les agents économiques pourraient réagir plus fortement à ce nouveau choc énergétique, leurs anticipations étant désormais davantage nourries par cette expérience récente que par la seule crédibilité de la banque centrale. Bernanke et Blanchard ont montré que des anticipations plus tournées vers l'expérience passée accroissent la persistance de la transmission du choc énergétique vers les salaires et les prix. C'est en ce sens que 2026 est structurellement différent de 2022 : non parce que le choc est plus grave, mais parce que la mémoire du choc précédent pourrait rendre sa transmission plus durable.

Au total, la comparaison des deux épisodes conduit à un diagnostic nuancé : le risque de spirale inflationniste est aujourd'hui structurellement plus limité qu'en 2022, mais il ne peut être entièrement écarté. Ce qui le maintien ouvert n'est pas la nature du choc lui-même, sous réserve que le conflit ne s'aggrave pas davantage, mais la fragilité d'un ancrage des anticipations que l'expérience inflationniste récente a rendue plus vulnérable.

Lionel Ragot
Membre du Cercle des économistes
Professeur d'économie à l'Université Paris Nanterre
Conseiller scientifique au CEPII

2 commentaires

  • 09:42

    Quelle décision absurde de se couper du gaz russe !Et Gronald qui va produire une belle récession et des famines dans le monde ...


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